I. La lettre
Mon amour, ce que je vais te raconter, c'est notre histoire. Je sais tout de toi mais tu ignores encore tout de moi. Tu es entré dans ma vie il y a bientôt un an. C'était un dimanche après midi, aux alentour de 16h, une belle journée de printemps. Tu te souviens, je portais cette jupe blanche que j'avais reçue le jour de mon passage en deuxième année. J'avais mon petit cardigan noir au dessus de l'un de mes t-shirt Petit Bateau. Attachées à mes oreilles, j'avais ces perles de cultures blanches que tu aimais tant. Cette après midi là ; j'avais les cheveux attachés avec des mèches bouclées qui descendaient le long de mes épaules. Je suis descendue « chez Titi », le petit bar situé sous mon studio. Comme d'habitude, j'ai fait quatre bises à mon petit Titi, puis j'ai englouti mon verre de vodka, j'ai ouvert un truc bien chiant, mon bouquin d'ancien français, P.134, pour faire mine d'être intelligente. Et, j'ai allumé ma cigarette, pour montrer que je savais, moi aussi, fumer. Ce jour là, j'attendais Clotilde, ma meilleure amie, qui, pour ne pas changer, était en retard. Ma cigarette à la bouche, j'observais les habitués avec leurs sourires hypocrites, leurs comportements euphoriques, leurs airs de macho, et leurs regards pervers. Titi disait que j'étais comme une petite rose au milieu d'un champ de testostérones mais qu'heureusement, mes épines me protégeaient du danger. Parmi tous ces visages apparemment enjoués, il y avait une figure, aussi renfermée que sombre. La tienne. Tu étais là, assis, recroqueviller sur ta chaise, les yeux fermés, les poings serrés, comme si tu cherchais au fond de ta mémoire une image. Lorsque tes paupières se sont éveillées, j'ai découvert tes yeux couleur océan, transparents comme le verre que tu tenais dans la main. Tu as sorti le dernier roman de lilas Rowing « La mort dans la peau ». Glauque. Tu avais l'air seul comme un livre pleins de poussières, rangées à part, dans le coin d'une étagère. Ton visage, cette couverture, était pâle, si pâle, que j'ai soudain eu envie d'y mettre des couleurs, de la lumière, même si à première vue ça semblait impossible. Curieusement, sans que je puisse me l'expliquer, quelque chose au fond de moi me disait que je savais ... que je savais déjà ...
T'étais mal rasé ce jour là, je m'en souviens car tu n'arrêtait pas de frotter ta main sur ton menton. Tu m'intriguais. Je devinais tes pages cornés, et je me suis demandée si la vie t'avait feuilleter à répétition. Mon attention toute entière était tournée vers toi comme si je pouvais résoudre ton histoire d'un simple regard. Tu m'as regardé, je m'en souviens. Car c'était la première fois que tu posais les yeux sur moi. Un sourire invisible a brusquement changé l'expression de ton visage. Au même moment, tu t'es frotter les mains, pris ton air livide puis tu as détourné le regard. Mystérieux. Tu as pris une bouffée d'air, allumé ta clope, recrachant la fumée par le nez. J'ai alors compris à cet instant que je ne pouvais pas rester sans réponse. Je devais percer ton secret. Ce jour là je m'en souviens comme si c'était il y a une heure. Tu n'as rien deviné, mais moi, je savais... Je savais déjà ... Si je t'écris cette lettre aujourd'hui, c'est pour qu'enfin, tu comprennes pourquoi j'en suis arrivée là.